Le point sur les marchés financiers mars 2026

Jeudi 19 mars 2026

Marchés Financiers

En février, la dynamique économique mondiale est restée globalement favorable dans un contexte marqué par la poursuite du recul de l’inflation mais également par des tensions géopolitiques persistantes. Aux États Unis, le secteur manufacturier a surpris positivement, tandis que la désinflation se poursuit, et que la Réserve Fédérale (Fed) conserve une posture prudente. En Europe, la croissance demeure modérée, l’inflation recule progressivement et les enquêtes d’activité montrent des signes d’amélioration, alors que la situation en Ukraine reste au centre de l’agenda diplomatique. En Asie, le Japon poursuit son redressement graduel, la Chine évolue dans un environnement de faible inflation, et l’Inde continue d’afficher une dynamique économique robuste.

Dans ce contexte, les marchés financiers ont évolué favorablement : les actions ont progressé, portées notamment par l’Europe et le Japon, les taux se sont détendus et le dollar est resté stable, tandis que l’or et le pétrole ont progressé.

Cet environnement a toutefois été bouleversé à la fin du mois avec le déclenchement, le 28 février, des attaques américaines et israéliennes contre l’Iran. Ce conflit a entraîné la fermeture du détroit d’Ormuz par lequel transite 27% du pétrole mondial, provoquant une forte hausse des prix du pétrole et du gaz, une baisse des marchés actions et une remontée des taux d’intérêt avec la crainte du retour des pressions inflationnistes.

Quelles perspectives pour les marchés ?

Zone Euro

Le mois de février a été marqué par les enjeux de sécurité notamment lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, au cours de laquelle les discussions ont porté sur le renforcement de la défense européenne, le soutien à l’Ukraine et les tensions au sein de l’OTAN. Au 4ème trimestre, le PIB de la zone euro a progressé de +1,3% en glissement annuel (et +0,3% sur le trimestre), confirmant une croissance modérée. Parmi les principales économies, l’Allemagne affiche une croissance de +0,3% au 4ème trimestre, soit +0,6% sur un an. Les indicateurs conjoncturels de février délivrent un signal légèrement plus constructif : le PMI Manufacturier1 de la zone euro repasse en zone d’expansion à 50,8 (contre 49,5 en janvier), tandis que le PMI des Services progresse à 51,9 (contre 51,3 en janvier). Les données dites “dures” restent toutefois plus mitigées : les ventes au détail ont reculé en décembre (-0,5% sur le mois), tout comme la production industrielle (-1,4% sur le mois). L’indice de confiance des consommateurs de la zone euro reste par ailleurs en territoire négatif. Le taux de chômage en zone euro s’établissait à 6,1% en janvier, en baisse par rapport à 6,2% en décembre.

L’inflation a poursuivi son ralentissement dans la zone euro. L’indice des prix harmonisé est ressorti à +1,7% en janvier en variation annuelle, soit un niveau inférieur à l’objectif de la Banque Centrale Européenne (BCE), tandis que l’inflation cœur s’est établie à +2,2%, en dessous des anticipations. Portée principalement par les services, l’inflation présente de fortes disparités entre les pays, même si les statistiques préliminaires de février suggèrent un début de convergence : l’inflation en France a surpris à la hausse (+1.1% en variation annuelle) mais à la baisse en Allemagne (2%). La réunion de la BCE du 5 février s’est conclue par un maintien du statu quo avec un taux de dépôt à 2%.

États-Unis

Aux États‑Unis, le mois de février a été marqué par la décision de la Cour suprême d’invalider une large partie des tarifs douaniers instaurés via la procédure d’urgence économique (IEEPA), constituant un revers pour l’agenda commercial de l’administration. Sur le plan intérieur, le risque d’un nouveau “shutdown” est également apparu dans le cadre des discussions budgétaires liées au financement de la Homeland Security (ICE).
La dynamique économique américaine demeure globalement positive, malgré un ralentissement de la croissance. Le PIB du 4ème trimestre est ressorti à +1,4% (en rythme annualisé), en net recul par rapport au 3ème trimestre (+4,4%) en partie en raison du long « shutdown ». Les indicateurs avancés restent toutefois optimistes : l’ISM Manufacturier2 rebondit en zone d’expansion à 52,6 et largement au-dessus du consensus (48,5), tandis que l’ISM des Services se maintient à 53,8 en ligne avec les attentes. Le marché du travail demeure relativement résilient : les créations d’emplois ont atteint +130 000 en janvier et le taux de chômage a reculé à 4,3%. Du côté de la consommation, les ventes au détail de décembre sont restées stables, tandis que la confiance des ménages mesurée par le Conference Board s’est redressée à 91,2 en février.
L’inflation poursuit sa décrue : l’indice des prix à la consommation s’établit à +2,4% en janvier en glissement annuel (contre +2,7% en décembre), et le Core CPI3 ressort à +2,5% (contre +2,6% en décembre). En revanche, le Core PCE4 , mesure privilégiée par la Fed, est remonté à +3,1% (contre +3% en décembre) entretenant une incertitude sur la tendance de fond de l’inflation. La publication des minutes du FOMC (Federal Open Market Committee) a confirmé la prudence du comité, qui a maintenu le taux directeur dans la fourchette de [3,50%–3,75%].

Chine

Les données chinoises publiées en février confirment un environnement de faible inflation et une demande intérieure encore fragile, malgré une activité en légère expansion selon les enquêtes. La dynamique des prix reste déprimée : l’IPC5 ressort à +0,2% en janvier en glissement annuel (contre +0,8% en décembre), tandis que l’IPP6 demeure en territoire négatif à -1,4% (contre -1,9% en décembre), signalant la persistance de pressions déflationnistes sur les prix à la production. Le secteur immobilier reste sous pression, avec des prix des logements neufs en baisse de -0,37% en janvier. Les indicateurs avancés montrent toutefois une amélioration : le PMI Manufacturier s’établit à 50,3 en janvier (contre 50,1 en décembre), et le PMI des Services à 52,3 (contre 52,0 en décembre). La Banque populaire de Chine a maintenu ses taux directeurs à 3,0% à 1 an et à 3,5% à 5 ans, avec pour objectif de soutenir l’économie en ralentissement tout en préservant la stabilité de la monnaie.

Retour sur les principales classes d’actifs

Banques Centrales

Aux Etats-Unis, la situation économique reste globalement positive mais contrastée. La croissance ralentit légèrement, tandis que le secteur industriel montre des signes d'amélioration et que le marché du travail demeure solide. L'inflation poursuit globalement sa décrue, ce qui a conduit la Réserve fédérale à maintenir ses taux directeurs dans une fourchette comprise entre 3,5 % et 3,75 %.
Alors que le marché anticipait encore deux baisses de taux en 2026 à fin février, les événements en Iran et la forte hausse des prix de l’énergie ont tempéré ces anticipations : les investisseurs ne prévoient plus désormais qu’une seule baisse de taux cette année. Dans ce contexte, La Fed reste attentive à son double mandat : la stabilité des prix et le plein emploi. Si la remontée des prix de l’énergie pourrait exercer une pression à la hausse sur l’inflation, la banque centrale se focalisera probablement davantage sur l’affaiblissement du marché de l’emploi.
En zone euro, la croissance demeure modérée mais relativement stable, tandis que l’inflation ressort à un niveau inférieur aux attentes. Dans ce contexte, la Banque centrale européenne a maintenu ses taux directeurs inchangés avec un taux de dépôt à 2 %. La BCE pourrait toutefois faire face à des décisions difficiles dans les mois qui viennent : réagir rapidement à la hausse prévue de l’inflation en relevant ses taux, ou bien les maintenir inchangés pour les réduire en cas de baisse de la croissance, suite au choc pétrolier. Les marchés anticipent désormais deux hausses de taux de 25 points de base chacune d’ici à fin 2026.

Marchés obligataires

En février, l’actualité géopolitique a été dominée par les tensions entre l’Iran et les Etats-Unis. Washington a d’abord déployé dans la région la plus importante force militaire depuis 2003 afin de renforcer sa posture stratégique et d’accroître la pression dans le cadre des discussions sur le programme nucléaire iranien. Fin février, les Etats-Unis et Israël ont finalement lancé l’opération « Epic Fury » avec des bombardements massifs sur l’Iran. Dès le premier jour des combats, le guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei a été tué. La fermeture du détroit d’Ormuz a rapidement entrainé une forte hausse des prix du pétrole, le baril franchissant le seuil des 100 dollars, ravivant les craintes d’un retour de pressions inflationnistes comme en 2022. Les marchés obligataires ont réagi vivement à cette situation. Sur le marché des taux, les rendements ont d’abord reculé en février avant de remonter fortement au début du mois de mars à la suite du déclenchement du conflit, en particulier sur les maturités courtes, aussi bien aux ÉtatsUnis qu’en Europe
Aux États Unis, le taux à 2 ans a reculé de 15 points de base sur le mois de février pour atteindre 3,37% avant de remonter à 3,73% au 13 mars, effaçant en partie les anticipations de baisse des taux. Le taux à 10 ans a reculé de 30 points de base, passant sous la barre symbolique des 4% à la fin février, avant de remonter à 4,28% au 13 mars.
En zone euro, le Bund à 10 ans a reculé de 20 points de base, terminant le mois de février à 2,64% tandis que le taux à 2 ans a diminué de 9 points de base pour s’établir à 2%, soit le nouveau taux de dépôt de la BCE. Début mars, les taux ont fortement remonté, à 2,44% pour le 2 ans et 2,98% pour le 10 ans. Cette remontée du taux 2 ans reflète les anticipations de remontée de taux de la part de la BCE à horizon 2026.
Les écarts de rendement entre les obligations des pays périphériques et celles des pays centraux sont restés globalement contenus en février, avant de s’écarter en mars dans un contexte de repli des actifs risqués. Au 13 mars, le spread à 10 ans de l’Italie s’est écarté de 17 points de base, et celui de la France de 11 points de base. Sur le marché du crédit, des difficultés de liquidité liées au financement de l’intelligence artificielle ont provoqué un léger élargissement des spreads en février, mouvement qui s’est amplifié en mars à la suite du conflit en Iran : +11 points de base pour la catégorie Investment Grade7 , et +32 points de base pour le High Yield8 , au 13 mars.

Notre gestion :

Nous maintenons une surexposition en duration9, principalement sur le taux 5 ans allemand, ainsi que sur les pays périphériques. En fin de mois, nous avons renforcé cette exposition en ajoutant 20 points de base de duration sur le taux 10 ans UK (couvert du risque de change), dans la mesure où la situation économique du Royaume-Uni devrait en effet permettre à la Banque d’Angleterre d’abaisser ses taux prochainement. Sur le crédit, nous conservons une exposition à la catégorie Investment Grade complétée par une diversification sur les pays émergents. A la suite du déclenchement du conflit en Iran, nous avons toutefois réduit notre sensibilité globale aux taux, notamment via la réduction de notre exposition sur les maturités longues des pays périphériques, en particulier l’Italie. Nous maintenons néanmoins une légère surexposition à la duration, dans la mesure où un scénario pessimiste sur la durée du conflit et des prix du pétrole durablement élevés, entrainerait l’économie mondiale en récession, et pourrait conduire à une baisse des taux. Par ailleurs, les anticipations de marché intégrant deux hausses de taux de la BCE nous semblent excessives. Le contexte actuel
diffère sensiblement de celui de 2022, ce qui devrait conduire la BCE à adopter une approche plus mesurée.

Marchés actions

En ce début d’année, les marchés actions ont globalement conservé une tendance haussière dans un contexte pourtant marqué par un regain de volatilité et une forte dispersion de performance entre les secteurs.
Les inquiétudes sur la monétisation et le financement des investissements dans l’intelligence artificielle sont revenus sur le devant de la scène, incitant les acteurs du marché à déterminer les gagnants potentiels et ceux qui pourraient être pénalisés. Dans ce contexte, certains segments notamment les logiciels, les services informatiques, les éditeurs et studios de jeux vidéo, ainsi que les plateformes logistiques et même certains gestionnaires d’actifs, ont subi des baisses marquées et vu leur positionnement davantage remis en question. À l’inverse, des secteurs moins sensibles à la disruption technologique, tels que les télécommunications, les services aux collectivités et les matériaux ont enregistré de solides performances.

Le déclenchement du conflit au Moyen-Orient a ensuite modifié les dynamiques de marché, modifiant les performances actions tant sur le plan géographique que sectoriel. Plusieurs importants pays importateurs de pétrole ont enregistré des performances supérieures à la moyenne, les exposant davantage si l’incertitude devait se prolonger. En conséquence, une rotation sectorielle s’est opérée, au profit de l’énergie et des valeurs défensives, au détriment des valeurs financières et des secteurs cycliques.
Dans ce contexte, au 13 mars, les marchés développés présentent une performance de -2,3% depuis le début de l’année selon l’indice actions monde MSCI World (en dollar). L’indice large des actions américaines S&P500 affiche une performance de -3,1% (en dollar), celui des actions de la zone euro, l'Euro Stoxx 50 de -1,4% (en euro) et celui des actions japonaises TOPIX de 6,2% (en yen). La performance des marchés émergents reflétée par l’indice MSCI Emerging Markets est quant à elle de 5,5% (en dollar) depuis le début d’année.

Notre gestion : 

A moyen terme, nous confirmons notre position constructive sur les marchés actions. Sur le plan tactique, dans un environnement devenu plus incertain, nous avons réduit notre exposition au risque, adoptant une posture plus prudente. Nous avons renforcé notre allocation vers les secteurs des télécoms et des services aux collectivités qui présentent un profil plus défensif. Parallèlement, nous continuons de gérer activement nos stratégies de couverture optionnelle. Nous restons particulièrement attentifs à l’évolution des marchés de l’énergie, de la situation géopolitique et des répercussions de ces facteurs sur l’inflation et la croissance mondiale. Enfin, si les tensions actuelles constituent une source d’incertitude à court terme, elles peuvent également parfois créer des opportunités, et nous restons donc globalement confiants quant aux perspectives à long terme des marchés actions.

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1 Indice PMI : PMI, pour Purchasing Managers Index, est un terme générique pour désigner des indices établis à partir d’enquêtes mensuelles auprès des directeurs d’achat des grandes entreprises des principales économies mondiales. Le PMI composite combine les données des indices PMI manufacturier et des services.
2 L’indice ISM, également connu sous le nom de rapport sur l’activité manufacturière de l’Institute for Supply Management (ISM), est un indicateur économique mensuel publié par l’ISM pour évaluer l’état du secteur manufacturier aux États-Unis. Cet indice est basé sur les résultats d’une enquête mensuelle menée auprès des directeurs des achats et des responsables de la chaîne d’approvisionnement de plus de 300 entreprises manufacturières américaines. Un indice ISM supérieur à 50 % indique une expansion de l’activité manufacturière par rapport au mois précédent.
3 Le core CPI (Consumer Price Index hors énergie et alimentation), indice d’inflation sous-jacente mesurant l’évolution des prix d’un panier fixe de biens et services consommés par les ménages hors composantes volatiles.
4 Le core CPE (Personal Consumption Expenditures hors énergie et alimentation), indice d’inflation sous-jacente, basé sur un panier de consommation dynamique intégrant les ajustements de comportement des ménages ainsi que certaines dépenses indirectes. Moins volatil que le core PCI, il constitue l’indicateur privilégié par le Fed pour l’évaluation de la tendance inflationniste.
5 L'Indice des prix à la consommation (IPC) mesure les changements de prix subis par les consommateurs.
6 L'Indice des prix à la production (IPP) mesure l'évolution des prix pour les producteurs.
7 Investment Grade (obligations de qualité « investment grade »): catégorie d’obligations dans la qualité de crédit est jugée élevée par les agences de notation telles que Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch Ratings. Elles correspondent à des émetteurs présentant un risque de défaut faible avec une notation comprise entre AAA et BBB- (ou équivalent), et offrent en contrepartie des rendements généralement plus modérés.
8 High Yield (obligations à haut rendement) : catégorie d’obligations présentant une qualité de crédit plus faible, avec une notation inférieure à BBB- (oui équivalent). Ces titres offrent des rendements plus élevés en compensation d’un risque de défaut plus important et d’une sensibilité accrue aux conditions économiques. 9 La duration mesure la sensibilité du prix d’une obligation ou d’un portefeuille obligataire aux variations des taux d’intérêt. Elle correspond à la variation en % du prix pour une variation de 1% des taux. Plus la duration est élevée, plus le prix de l’obligation est sensible aux mouvements de taux : une hausse des taux entraine une baisse du prix, et inversement.