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Jeudi 09 avril 2026
Marchés Financiers
L’activité économique mondiale demeure globalement résiliente malgré des signaux contrastés et les tensions liées au blocage du détroit d’Ormuz. Aux États-Unis, si la croissance tient bon, le marché du travail se fragilise et l’inflation reste soutenue, incitant la Fed à la prudence. En zone euro, la hausse des prix du pétrole ravive les tensions inflationnistes dans un contexte d’activité encore hésitante, poussant la BCE à rester vigilante face au risque d’un durcissement monétaire. En Asie, la Chine montre des signes d’amélioration plus nets, portée par le rebond de la demande intérieure. Les marchés ont été fortement chahutés : la flambée du pétrole s’est traduite par une hausse des taux d’intérêt, un repli des actions, un renforcement du dollar et une baisse de l’or.
En zone euro, le mois de mars a été marqué par une nette remontée de l’inflation, à 2,5 % contre 1,9 % en février - son plus haut niveau depuis près de deux ans, sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie.
L’inflation-cœur est restée à 2,3 % suggérant qu’il n’y a pas, à ce stade, de transmission des hausses de prix de l’énergie au reste de l’économie.
La production industrielle de la zone euro a reculé de -1,2 % en glissement annuel en janvier 2026 (donnée publiée en mars), enregistrant ainsi sa première baisse annuelle depuis un an et s'inscrivant en deçà des prévisions des analystes, qui tablaient sur une croissance de 1,4 %.
Les ventes au détail étaient en léger repli (-0,2 % en février en variation mensuelle), et la confiance des consommateurs s’est dégradée mais l’impact complet du conflit en Iran sur le sentiment des agents économiques reste toutefois incertain.
Les indicateurs avancés ont donné une image contrastée, avec un secteur manufacturier en expansion (HCOB¹ Manufacturier² à 51,6 en mars contre 50,8 en février), tandis que celui des services montrait des signes de faiblesse (HCOB Service à 50,1 contre 51,1 attendu).
L’économie américaine est restée sur une trajectoire de croissance, même si les effets de la hausse du prix du pétrole ont commencé à peser sur les prix à la pompe. L’OCDE anticipe un ralentissement progressif de la croissance américaine, à 2 % en 2026 puis 1,7 % en 2027, notamment sous l’effet de la pression exercée par le choc énergétique sur le pouvoir d’achat des ménages.
Les indicateurs avancés PMI sont restés bien orientés, avec un ISM Manufacturier en zone d’expansion (52,4 en février puis 52,7 en mars) et un ISM Services en progression continue, s’établissant à 56,1 en février.
En revanche, le marché du travail a continué de montrer des signes d’essoufflement, avec un ralentissement du nombre de créations d’emplois au cours des quatre derniers mois. Les ventes de détail de janvier étaient quasiment stables et supérieures aux attentes. Le « shutdown » partiel (paralysie budgétaire) complique néanmoins l’analyse du marché du travail.
Les statistiques d’inflation de février ont été publiées à +2,4 % (comme en janvier) pour l’inflation globale et l’IPC cœur³ à +2,5 %. L’indice PCE⁴ est ressorti à 2,8 % en février, légèrement en dessous des attentes (2,9 %), tandis que le PCE cœur⁵ s’est établi à 3,1 %, en ligne avec le consensus.
En Chine, les indicateurs économiques ont montré une amélioration. Le NBS Manufacturing PMI est passé de 49 en février à 50,4 en mars. La progression de 20 % des importations confirme le dynamisme de la demande intérieure. Les ventes de détail ont progressé de 2,8% au-dessus du consensus. L’investissement urbain s’est également amélioré à +1,8 % contre -2,1% attendu (données de février). L’indice des prix à la consommation a accéléré à +1,3 % en glissement annuel, au-dessus des attentes, tandis que la baisse des prix à la production s’est atténuée à -0,9 %.
Les économistes estiment que le blocage du détroit d’Ormuz pèsera sur la croissance à moyen terme de l’économie chinoise, du fait de la forte dépendance du pays aux importations pétrolières.
La Fed et la BCE restent prudentes face à une situation plus complexe. Aux États-Unis, l’économie reste solide, mais le marché du travail se fragilise et l’inflation persiste, notamment en raison de la hausse du pétrole. La Fed a donc choisi de ne pas bouger ses taux, en attendant de voir si le choc énergétique se prolonge. En zone euro, l’inflation a nettement remonté avec l’énergie, tandis que l’activité reste fragile. La BCE a également opté pour un statu quo, tout en laissant la porte ouverte à un possible durcissement monétaire si la hausse des prix s’aggrave.
En résumé, les deux banques centrales restent attentistes, mais pour des raisons différentes : la Fed cherche à ne pas fragiliser une économie encore résiliente, tandis que la BCE surveille prioritairement le risque de résurgence inflationniste. Les marchés anticipent désormais une politique plus restrictive en Europe et plus stable aux États-Unis.
En mars, les marchés obligataires ont connu de fortes turbulences, marquées par une pression vendeuse de forte ampleur sur les obligations souveraines et d’entreprises, inédite depuis 2022. Le déclenchement des hostilités en Iran, le blocage du détroit d’Ormuz et la hausse de près de 60% du prix du pétrole ont profondément modifié les anticipations de marché concernant la trajectoire des taux directeurs des banques centrales. Alors que les investisseurs anticipaient au moins deux baisses de taux pour la Fed en 2026 et un statu quo pour la BCE, ils envisagent désormais un maintien des Fed Funds et deux à trois hausses de la BCE.
Cette révision s’est reflétée dans les taux d’intérêt à 2 ans qui ont progressé de 62bp à 2,62 % pour les emprunts allemands et de 42bp à 3,79 % pour les US Treasury Bills. L’évolution des taux longs a été moins forte, reflétant pour partie la hausse de l’inflation mais également la possibilité d’une récession. Le taux d’intérêt à 10 ans des emprunts d’État allemands a terminé à 3% en hausse de 36bp et les US Treasuries ont vu leur rendement augmenté de 38bp à 4,32%. Le taux OAT 10 ans a atteint un pic intra-journalier proche de 3,9 %, son plus haut niveau depuis 2009 et les rendements des Gilts à 10 ans, au Royaume-Uni, ont grimpé à 5,1 %, leur plus haut niveau depuis 2008.
La volatilité du marché obligataire s’est également traduite par un élargissement des spreads souverains de la zone euro (France +14bp, Italie +28bp). Les obligations d’entreprises n’ont pas échappé au mouvement risk-off (prudence). L’Itraxx Main s’est écarté de 16bp et le Crossover de 94bp.
Avec le déclenchement du conflit en Iran fin février, nous avons réalisé quelques ajustements de portefeuille courant mars. Notre scénario central est resté celui d’une résolution du conflit à un horizon de quelques semaines, impliquant un impact non négligeable mais temporaire sur l’inflation et la croissance.
Nous avons réduit notre exposition en duration sur les taux longs périphériques (Italie) ; nous avons toutefois maintenu une légère surexposition en duration, d’une part car les anticipations de hausse des taux de la BCE nous semblent exagérées, d’autre part car, en cas de scénario adverse qui entrainerait l’économie mondiale en récession, les taux seraient amenés à rebaisser.
Les crises créent également des opportunités d’investissement. Ainsi, sur le crédit, le secteur bancaire a été particulièrement touché par la crise en Iran, notamment à cause de l’aplatissement de la courbe des taux. Nous avons considéré cela comme un point d’entrée intéressant et avons initié un investissement sur les titres bancaires subordonnés.
Nous restons globalement prudents dans un environnement qui manque de visibilité, les marchés étant essentiellement influencés par les nouvelles concernant la guerre en Iran, et en particulier, la situation du détroit d’Ormuz.
Le déclenchement de la guerre en Iran a fortement pesé sur les marchés actions, entraînant une hausse de la volatilité (VIX>30%). Le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% de la production pétrolière mondiale, a provoqué une envolée du Brent (+63,3%) et du WTI (+51,4%). Les thèmes liés à la reprise cyclique et à la baisse des taux ont été délaissés au profit d’une lecture axée sur le Moyen-Orient, le risque énergétique et la crainte de stagflation.
Dans ce contexte, le MSCI ACWI a perdu 7,4 % en USD. Le S&P 500 et le Nasdaq ont enregistré leur pire performance mensuelle depuis fin 2022 : le S&P 500 a perdu plus de 5 %, tandis que le Nasdaq Composite a reculé de 4,9 % sur la période et est entré en correction technique (plus de 10 % en dessous de son pic d'octobre 2025). Wall Street a, dans un premier temps, mieux résisté à la crise que ses homologues internationaux, les États-Unis étant un exportateur net d'énergie, même si cet avantage s'est estompé à mesure que la crise perdurait.
Les marchés européens sont entrés dans une phase de nette correction : l'indice EuroStoxx50 ayant reculé de 9 % depuis le début du conflit.
Sur le plan sectoriel, l’énergie (+14,55 %) domine très largement le marché, tandis que le secteur de la chimie (-2,75%) et celui des télécoms (-3,63 %) ont relativement bien résisté. À l’inverse, l’immobilier (-14,53%), la construction (-12,25 %) et l’industrie (-11,85 %) ont été fortement pénalisés par la remontée des taux et par la crainte d’un ralentissement de la demande et la hausse des coûts énergétiques.
Les marchés émergents ont fortement consolidé, l’indice MSCI EM reculant de 12,3 %. La performance mensuelle ne reflète pas totalement la pression baissière, le message rassurant de Donald Trump d’une fin proche du conflit ayant provoqué un rebond des marchés le 31 mars.
Les marchés asiatiques ont été particulièrement touchés : l'indice sud-coréen Kospi a enregistré une chute record de 12 % en une seule journée le 4 mars, et perdait près de 20 % depuis le début de la guerre, après un gain proche de 50 % au cours des deux premiers mois de 2026.
Le marché japonais a perdu plus de 11 %, les investisseurs craignant une réaction de la Banque du Japon et une possible récession des marchés actions.
Dans cet environnement de forte volatilité, nous avons poursuivi la réduction de notre exposition au risque et adopté une posture plus prudente. Compte tenu de l’impact du coût de l’énergie, nous avons réduit notre exposition sur la zone euro ainsi qu’aux pays émergents.
Sur le plan sectoriel, nous avons renforcé notre allocation vers le secteur des services aux collectivités, qui présente un profil plus défensif. Dans le secteur financier, nous avons repondéré avec sélectivité certains titres du secteur bancaire, au détriment du secteur de l’assurance qui a mieux résisté lors de la baisse des marchés.
Parallèlement, nous continuons de gérer activement nos stratégies de couverture optionnelle. Nous restons particulièrement attentifs à l’évolution des marchés de l’énergie, à la situation géopolitique et aux répercussions de ces facteurs sur l’inflation et la croissance mondiale.
Cette crise renforce notre conviction selon laquelle la diversification entre différentes zones géographiques, telles que les marchés émergents, le Japon et l'Europe, est essentielle pour renforcer la résilience des portefeuilles à long terme.
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1. Le HCOB PMI (indice des directeurs d’achat) est un indice économique central qui est développé en coopération entre Hambourg Commercial Bank (HCOB) et S&P Global. Cet indice fournit des informations profondes sur le développement économique de la zone euro et en particulier des pays d'Allemagne, de la France, de l'Italie et de l'Espagne. Il se décline en indice de l’industrie manufacturière et des services.
2. Indice ISM : Publié chaque mois par l'organisme américain "Institute for Supply Management, l'indice ISM est séparé en deux grandes familles : L'ISM manufacturier, qui reflète la santé du secteur aux USA et l'ISM services, plus spécifique aux activités tertiaires. Cet indice, évalué en pourcentage, résulte d'une enquête auprès de 400 entreprises portant sur des données telles que : indicateurs sur les nouvelles commandes, production, emploi, délais de livraison, prix, stock, commandes à l’export et l’import ... On considère qu’une valeur supérieure à 50 % indique une expansion par rapport au mois précédent, si l’indice est inférieur à 50 %, cela indiquera alors une contraction.
3. L'inflation sous-jacente : Le taux d'inflation sous-jacente est calculé par l'indice des prix à la consommation (IPC) hors alimentation et énergie. C'est ce que l'on appelle le core CPI en anglais.
4. L’indice PCE : L'Indice des Prix de Base de la Consommation personnelle (PCE) aux États-Unis mesure les dépenses en biens et services des ménages, reflétant l’évolution des prix et du poids des différentes dépenses dans le budget des ménages.
5. L’indice « PCE cœur » correspond à l’indice des dépenses de consommation corrigé des éléments les plus volatils de l’alimentation et de l’énergie.
En février, la dynamique économique mondiale est restée globalement favorable dans un contexte marqué par la poursuite du recul de l’inflation mais également par des tensions géopolitiques persistantes.
Retrouvez l’analyse d'Anna Rosenberg, Responsable géopolitique à l'Amundi Investment Institute.
Les frappes américano-israéliennes sur l’Iran, au cœur de l’actualité mondiales, font fortement réagir les marchés financiers depuis plusieurs jours.