Le point sur les marchés financiers juin 2023

Vendredi 09 juin 2023

Marchés Financiers

Le mois de mai a été un mois mouvementé pour les marchés financiers avec de nouvelles inquiétudes concernant les banques régionales américaines, des hausses de taux de la part de la Fed et de la BCE, des négociations sur le plafond de la dette américaine et des données économiques en baisse.

Zone Euro :

Dans l’ensemble, les indicateurs de la zone euro ont été décevants. La croissance du PIB allemand au T1 a été révisée en baisse (-0,3% au lieu de 0%), le pays étant en récession après un T4 2022 déjà en repli. Les indicateurs mensuels de conjoncture (IFO1 et PMI2 en particulier) portant sur avril ont été moins bons que ceux du mois précédent.
Concernant l’inflation, la situation reste tendue. En effet, les hausses de salaire négociées ont accéléré au T1 (4,3% sur un an après 3,1% au T4 2022), une évolution de nature à faire craindre une boucle prix-salaires. Néanmoins, l’indice général d’inflation baisse plus qu’attendu en mai, passant de 7,0% en avril à 6,1% en mai. L’inflation sous-jacente baisse également de 5,6% à 5,3%.

Etats-Unis :

Si l’économie américaine a continué de ralentir en mai, de nombreux chiffres ont tout de même été meilleurs qu’attendus. Bien que la hausse des taux d’intérêt soit un frein important, les conséquences des faillites bancaires de mars sont restées, pour l’heure, limitées.
Le PIB du T1 a été révisé en légère hausse (croissance trimestrielle de 1,3% au lieu de 1,1%, en rythme annualisé).
Les indicateurs PMI portant sur avril ont été un peu meilleurs qu’en mars, tout en continuant de signaler une forte contraction de l’activité industrielle.
Les créations d’emplois sont restées nombreuses en avril (253 000 emplois nets supplémentaires) tandis que le taux de chômage a retrouvé son point bas de janvier, à 3,4%, et que le salaire horaire moyen a légèrement ré accéléré, en progression de 4,4% sur 12 mois.
Concernant l’inflation, si l’indice général a poursuivi son recul (hausse de 4,9% sur 12 mois en avril, après 5,0% en mars), cela n’a pas été le cas de l’indice sous-jacent (hausse inchangée à 5,5%). Enfin, après des négociations tendues, les Démocrates et les Républicains ont finalement trouvé un accord in extremis pour suspendre le plafond de la dette jusqu’en 2025 (après l’élection présidentielle), qui a été adopté par la Chambre des représentants et le Sénat.

Chine :

Les données du début du deuxième trimestre, relatives à la confiance des consommateurs et du marché immobilier, ont suscité des inquiétudes quant à la trajectoire de la croissance de l’économie chinoise. Bien que celle-ci pourrait tout de même atteindre 6 % cette année, il s’agirait d’une reprise modérée si on exclut les effets de base liés à la pandémie. La vigueur de cette reprise dépendra des ventes de logements dans les petites villes, de la demande de constructions, du taux de chômage des jeunes et de la consommation.

RETOUR SUR LES PRINCIPALES CLASSES D’ACTIFS

Banques Centrales :

Le mois de mai a été rythmé par les annonces des Banques Centrales. En début de période, la Réserve Fédérale américaine a décidé de relever ses taux d’intérêt de 25 points de base plaçant les taux directeurs dans une fourchette de 5,00% à 5,25%.
La Banque Centrale américaine semble dorénavant vouloir faire une pause dans le cycle actuel de resserrement monétaire, le temps de bien appréhender l’impact sur l’économie réelle de la hausse historique déjà effectuée sur les Fed Funds (+5% en seulement 15 mois), apaisant ainsi les tensions sur les marchés. Mais si l’inflation sous-jacente ne ralentit pas suffisamment, J. Powell pourrait envisager une dernière hausse de taux lors de son comité de juillet, ce que les marchés anticipent aujourd’hui avec une probabilité assez forte. La même orientation a été donnée par la Banque Centrale Européenne le 4 mai dernier avec une hausse de 25pb portant le taux de dépôt à 3,25%. Cependant, le marché envisage encore deux hausses supplémentaires de 0,25% d’ici la fin de l’été car le niveau d’inflation reste encore trop élevé en zone euro. Christine Lagarde ne semble pas vouloir faire une pause et estime devoir conserver les taux à un niveau suffisamment restrictif pour ramener l’inflation à 2%. En effet lors du dernier conseil de politique monétaire, les membres de la BCE ont souligné la résilience économique de la zone euro et ont estimé que les risques pesant sur l’inflation étaient encore orientés à la hausse. L’inflation sous-jacente est une « source de préoccupation » car elle semble plus persistante et plus rigide qu’aux États-Unis, du fait du mode de fixation des salaires moins flexible en Europe.  Malgré le recul récent de l’inflation sous-jacente, la présidente de la BCE a souligné qu’on ne pouvait affirmer que son pic était bien derrière nous. Cependant, l’impact du resserrement de la politique monétaire a commencé à devenir plus visible dans les conditions de financement, ce qui a été jugé positif par le conseil. 

Taux :

Le vote du relèvement du plafond de la dette américaine a définitivement écarté les craintes de défaut de paiement des US et a soulagé les marchés de l’impact négatif en termes de croissance que cela aurait entraîné. Dans ce contexte, le rendement du T-Note, taux souverain US à 10 ans, s’est inscrit en hausse d’environ 0,30% à 3,70% aujourd’hui. De surcroît, l’inflation sous-jacente demeure encore bien trop élevée, alimentant ainsi les craintes que la Fed ne remonte une fois de plus ses taux, et contribue également à l’augmentation de l’ensemble des rendements sur toute la courbe. En revanche, en zone euro, les bonnes surprises sur le front de l’inflation et la récession technique affichée en Allemagne ont permis aux rendements obligataires de limiter leur progression et de se maintenir autour de 2,35% pour le Bund à 10 ans. 
Les craintes d’une crise bancaire globale, ravivées lors de l’annonce de défaillances de quelques banques commerciales américaines, se sont dorénavant estompées et le marché du crédit désormais rassuré a vu son activité reprendre, avec notamment un marché primaire très dynamique. Grâce à des investisseurs intéressés par le rendement attractif de ces nouvelles émissions, celles-ci ont été très bien absorbées par le marché.
Nous avons renforcé notre exposition sur les obligations souveraines américaines, profitant de leur hausse récente et nous conservons une attitude prudente sur les obligations privées en étant sélectifs sur la qualité et la liquidité de l’émetteur. 

Actions : 

Depuis le 20 avril, l’indice Euro STOXX a sensiblement reculé fin mai avant de se reprendre. Il a été pénalisé par les inquiétudes autour de l’autorisation du relèvement du plafond de la dette aux Etats-Unis, et s’est repris après qu’un accord soit intervenu le 1er juin. Il baisse d’un peu moins de 2% sur la période.
Le secteur de la technologie s’est particulièrement illustré, des deux côtés de l’Atlantique, dopé par les très bons résultats de la société Nvidia. Le titre a bondi de 24,4% sur la seule séance du 26/05 et a franchi la barre des 1000 milliards de dollars de capitalisation boursière le 30 mai suite à une impressionnante hausse alimentée par l'engouement mondial pour ses puces, très utilisées dans le domaine de l’intelligence artificielle (« IA »). Les acteurs européens liés à la thématique de l’IA (ASML, BE Semiconductor, etc.) en ont profité. La composante Technologie de l’indice Européen STOXX a progressé de 8% depuis le 20 avril.
Le secteur de l’immobilier a sensiblement sous-performé le marché, plombé notamment par la société suédoise SBB dont le cours a abandonné 60% depuis le 20 avril. La crise immobilière en Suède s'est aggravée après la dégradation de la notation de crédit de SBB pour la deuxième fois, passant de BBB- à BB+, ce qui intensifie la pression de vente sur ses titres. La composante « Real Estate » de l’indice STOXX a abandonné plus de 8%.
Dans ce contexte, nous conservons un positionnement prudent vis-à-vis des actions. Nous pensons toujours que la probabilité d’un ralentissement économique marqué d’ici la fin de l’année est sous-estimée par les marchés. On attend de plus un resserrement supplémentaire des politiques monétaires des principales banques centrales. La progression des indices actions depuis le début d’année est déjà supérieure à la croissance des bénéfices prévus sur les deux années 2023 et 2024. Au sein de la poche actions nous sous-pondérons les Etats-Unis et l’Europe, mais restons toutefois plus constructifs sur les pays émergents, où la croissance attendue est supérieure à celle des pays développés.

1L'IFO est un indice montrant l'évolution des conditions économiques en Allemagne.

2PMI, pour Purchasing Managers Index, est un terme générique pour désigner des indices établis à partir d’enquêtes mensuelles auprès des directeurs d’achat des grandes entreprises des principales économies mondiales.

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