Marchés Financiers

15/05/2020 : Crise du COVID-19 : le point sur les marchés financiers

Les marchés à l’épreuve du déconfinement

Les marchés viennent de rentrer dans une nouvelle période d’incertitudes liées à la phase de déconfinement qui commence dans la plupart des pays. L’équilibre est fragile entre un déconfinement trop hâtif qui augmente le risque d’une deuxième vague épidémique déclenchant un « reconfinement », et un déconfinement trop lent qui achèverait de créer des dommages irréversibles dans certains secteurs économiques.

Si l’expansion de l’épidémie a ralenti en Europe et semble se stabiliser aux Etats-Unis, elle reste vigoureuse en Amérique du Sud et atteint un rythme spectaculaire en Russie. La crainte d’une nouvelle vague épidémique s’est accentuée cette semaine avec la résurgence des cas de coronavirus dans certains pays comme l'Allemagne ou la Corée du Sud qui ont entamé le processus de déconfinement tandis que la mise en œuvre d’un vaccin n’est pas attendue avant mi-2021 selon l’Agence Européenne du Médicament.

L’impact de la récession de plus en plus visible

Au-delà de ce risque de « seconde vague », les espoirs d’une reprise économique vigoureuse à court terme s’étiolent comme l’a souligné Jérôme Powell lors de la réunion de la FED (la banque centrale américaine) qui s’est tenue cette semaine. Le président de la FED a dépeint un tableau assez négatif s’attendant à une période prolongée de croissance faible. Néanmoins il a réaffirmé être prêt à mettre en œuvre tout ce qui est en son pouvoir pour aider à faire face à la crise, tout en écartant l’option des taux négatifs qui avait été évoquée par le président Donal Trump. Aussi, il encourage le Congrès à davantage de mesures expansionnistes en matière de politique fiscale, en plus des 3000 milliards de dollars déjà alloués. Les Démocrates travaillent d’ailleurs sur un plan supplémentaire de grande ampleur avec un volet spécifique aux collectivités locales, mais ce projet se heurte à l’opposition des Républicains au Sénat.

La dégradation spectaculaire du marché de l’emploi, notamment aux Etats-Unis, est un des marqueurs de la crise qui s’empare de l’ensemble des économies. Ainsi, les estimations de la Fed prévoient que le taux de chômage pourrait atteindre un pic aux Etats-Unis d’ici à un mois et dépasser les 20%.  Selon les chiffres publiés la semaine dernière, le taux de chômage s’est déjà envolé à 14,7 % mi- avril contre encore 4,4% en mars et plus de 20 millions d’emplois ont été détruits. Le chômage atteint des niveaux jamais vus depuis la Grande Dépression des années 1930 et le risque est fort de voir une partie de ces emplis définitivement détruits.

Le retour des tensions politiques et géopolitiques vient alourdir le climat actuel

Toujours aux Etats-Unis, dans un contexte électoral de plus en plus présent, D. Trump a persisté dans son discours à l’encontre de la Chine. Le président américain a notamment affirmé jeudi qu'il ne souhaitait pas, "pour le moment", parler à son homologue chinois Xi Jinping en raison de son attitude face au coronavirus. La résurgence des tensions commerciales se poursuit donc, avec la menace de nouvelles mesures de rétorsions, malgré les récents accords dits de « phase1 », ce qui ne manque pas de peser sur les marchés d’actions.

En zone euro, les divisions politiques ne sont pas encore surmontées, et les conséquences de l’arrêt de la Cour Constitutionnelle allemande remettant en cause le bien-fondé du programme d’achat de la Banque Centrale Européenne (la BCE) lancé sous la présidence de Mario Draghi continuent de peser. Soulignons toutefois l’intervention engagée d’Angela Merkel devant le Bundestag évoquant la nécessité d’une plus forte intégration de la zone euro.

Enfin, après plusieurs semaines de gestion de la crise sanitaire, le sujet du Brexit fait à nouveau l’actualité. Les discussions sur les futures relations post-Brexit qui se poursuivaient cette semaine, n’ont pas montré d’avancée. Le risque étant, qu’à la crise économique provoquée par le COVID-19, s’ajoute de nouvelles tensions à l’approche fin de la période de transition (qui s’étend jusqu’au 31 décembre 2020).

Le spectre d’une récession longue inquiète de plus en plus les marchés

Les tensions sur les marchés financiers sont à nouveau très présentes cette semaine traduisant à la fois les craintes d’une seconde vague, et un apaisement de l’enthousiasme des dernières semaines sur les attentes de réouverture des économies. L’ampleur des mesures de soutien par les banques centrales et les gouvernements ne suffit pas toujours à apaiser les inquiétudes.

Le rallye des marchés actions qui avaient permis de corriger la moitié du mouvement baissier subi en mars semble bel et bien dernière nous. Ces prochaines semaines seront, sans aucun doute, cruciales car tout dépendra de la capacité effective des économies à rebondir à la sortie du déconfinement.

Retour sur le comportement des différentes classes d’actifs et perspectives 

Marchés monétaires 

Les marchés monétaires bénéficient toujours et devraient continuer de bénéficier des actions menées par les banques centrales depuis plusieurs semaines en termes de liquidité. Lors de sa dernière réunion, la BCE a d’ailleurs concentré son action sur les mesures de liquidité plutôt que sur les programmes d'assouplissement quantitatif (QE). Ce choix de cibler la liquidité est conforme à l'objectif d'assouplissement des conditions financières et de réduction des tensions persistantes sur les marchés monétaires.

Marchés obligataires

Cette semaine la Cour de Justice de l'Union européenne (UE) a publié un communiqué de presse en réponse aux questions reçues au sujet de l'arrêt de la Cour Constitutionnelle allemande qui remet en cause la légalité du plan de rachats de la BCE. Tout en rappelant que la Cour n'a pas l'habitude de commenter les arrêts d'une juridiction nationale, elle a réitéré les points suivants : « Afin d'assurer l'application uniforme du droit de l'UE, seule la Cour de Justice, instituée à cet effet par les États membres, est compétente pour constater qu'un acte d'une institution de l'UE est contraire au droit de l'UE » et a ajouté que « Comme les autres autorités des États membres, les juridictions nationales sont tenues d'assurer la pleine efficacité du droit de l'UE. Ce n'est qu'ainsi que l'égalité des États membres dans l'Union qu'ils ont créée pourra être garantie ». En résumé, la Cour de justice européenne considère qu'elle est seule compétente pour vérifier si les actions de la BCE sont conformes au droit communautaire.

Dans ce contexte, et malgré la remontée du stress perceptible sur les marchés d’actions, les marchés obligataires de la zone euro se sont montrés plutôt bien orientés. Tant les obligations émises par des entreprises que par les états (« périphériques » ou « cœur ») ont semblé bénéficier des mesures de soutien de la BCE.

Aux Etats-Unis, bien que le président de la FED écarte l’idée de taux négatifs, les rendements du trésor américain étaient orientés à la baisse. A l’heure où nous écrivons, la référence du taux à 10 ans s’établi à nouveau autour de 0,60% contre 0,70% en tout début de semaine.

Marché actions 

Après avoir repris entre la mi-mars et la fin avril plus ou moins la moitié de ce qu'ils avaient perdu depuis le début de la crise, les indices actions ont à nouveau connu une semaine de forte baisse. Sur la semaine l’indice CAC 40 atteignait presque -7% en séance pour finalement s’établir proche de -5% à l’heure où nous écrivons. Notons comme souvent, que cette baisse est nettement plus marquée en Europe qu'aux Etats-Unis s’expliquant probablement par un potentiel de rebond de la croissance plus important outre-Atlantique et par la concentration plus significative sur le secteur des technologies.

D’un point de vue sectoriel, nous pouvons d’ailleurs souligner une forte disparité en terme de performance. Les valeurs de croissance telles que les grandes entreprises de la technologie se sont montrées moins vulnérables pendant la crise et certaines d’entre elles ont même publié des chiffres d’affaires en progression. Les secteurs de la pharmacie et de la biotechnologie ont également bien résisté. Les compagnies aériennes, les entreprises de détail non alimentaires et les banques ont en revanche de nouveau été mises sous pression.

S’il y a encore quelques semaines, l’optimisme gagnait les marchés avec des indices actions en hausse encouragés par les mesures mises en place par les pays pour procéder à une reprise progressive de leurs économies, cette semaine, ce sont donc les craintes et les incertitudes qui ont dominé les marchés. Les investisseurs étant rappelés par la dure réalité économique avec la poursuite des révisions en baisse des données macroéconomiques, la résurgence des tensions commerciales Sino-Américaines, et le risque de « reconfinement » de certains pays si le nombre d’infections remontait trop vite.

 

PRUDENCE ET PRAGMATISME POUR NOS POLITIQUES D’INVESTISSEMENT

Une récession profonde de toutes les économies sur 2020 constitue toujours notre scénario central. Une fois l’épidémie contenue et une meilleure visibilité acquise, l’activité devrait redémarrer progressivement, soutenue par les mesures monétaires « accommodantes » des banques centrales et des relances budgétaires généreuses. Nous anticipons toutefois une reprise très lente, à partir du quatrième trimestre de cette année, et qui sera très diverse en rythme comme en intensité selon les secteurs et les politiques de déconfinement.  Pas de scénario en « V » donc, mais un mouvement très progressif et largement inégal. Surtout, l’efficacité des stratégies de déconfinement restent cruciale pour éviter une potentielle deuxième vague pandémique.

La tendance récente des marchés, plus incertaine après un fort rebond, rappelle la fragilité du contexte actuel et continue de nous inciter à la prudence avec une exposition réduite aux actifs les plus risqués.

Parmi nos investissements actions, si nous conservons un positionnement prudent au global, et des biais sectoriels défensifs, nous poursuivons notre démarche progressive d’introduction de biais plus cycliques afin de bénéficier du rebond attendu de l’activité post-confinement et du rattrapage que cela occasionne pour certaines valeurs largement décotées depuis le début de l’année.

Parmi nos investissements obligataires, nous conservons une exposition sur les emprunts d'Etats américains que nous préférons par rapport aux emprunts d’états « cœur » de la zone euro. Nous restons légèrement surexposés en terme de sensibilité en privilégiant les horizons à moyen terme (5 à 10 ans) au détriment de ceux à court terme. Sur les emprunts d’Etats périphériques de la zone euro, nous avons marginalement réexposé nos portefeuilles à la dette italienne, mais conservons une préférence pour l’Espagne ou le Portugal. Notre exposition crédit, quant à elle, reste concentrée sur des valeurs de bonne notation qui, à terme, devraient profiter des mesures de relance budgétaire et des nouvelles annonces de la BCE. Au sein de l’univers d’investissement du crédit, nous pensons que la sélectivité est cruciale, notamment au sein du segment Haut Rendement qui a beaucoup souffert et au sein duquel le risque de défaut est désormais très présent. Nous restons donc prudents sur ce segment obligataire.

L’épargnant doit plus que jamais se laisser guider par son horizon de placement

Le mouvement de baisse des marchés a été d'autant plus sévère que ceux-ci avaient atteint des niveaux de valorisation élevés et que l’incertitude reste grande sur la durée et l’intensité du ralentissement économique attendu. Il faut donc s’attendre à ce que les mouvements excessifs perdurent, les baisses comme les rebonds techniques. Aussi, dans les moments de fortes variations à l'image de ceux que nous traversons, il est vraiment essentiel pour l'épargnant de garder en ligne de mire ses objectifs long terme, de se référer à son horizon de placement et d'éviter toute décision intempestive, voire de céder à la panique.

Rappelons quelques règles essentielles :

Diversifier ses placements : « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier » mais répartir son épargne entre plusieurs types de placement selon son projet d'épargne, son horizon de placement et son profil épargnant (cf. paragraphe suivant). Rappelons que les arbitrages entre supports de placement sont réalisables en ligne à tout moment et gratuitement(1).

Épargner régulièrement pour lisser ses versements dans le temps et amortir les variations à court terme.

Ne pas agir sous le coup de l'émotion mais garder le recul nécessaire en cas de fortes variations des marchés financiers.

Connaitre votre profil épargnant

Rendez-vous dans la rubrique "Mon profil > Préférences épargnant" et répondez au questionnaire "Profil d'épargne".

Vous pourrez alors déterminer votre profil en fonction de votre situation personnelle, de votre expérience et de vos connaissances financières et de votre sensibilité au risque.

Par ailleurs, si vous avez accès à notre service exclusif de personnalisation d'épargne(2), vous pouvez bénéficier de l'accompagnement de notre robo advisor.

Celui-ci propose une répartition qui reflète directement l’horizon de placement et le profil investisseur que vous avez-vous-même déterminé. Il agit ainsi comme le dépositaire de vos choix.

Les éléments en lien avec l'évolution directe et quotidienne des marchés sont quant à eux gérés au niveau de chaque fonds par les équipes de gestion en fonction du contexte financier.

Dans les cas de fortes variations de marché modifiant la répartition (par exemple diminution de la proportion actions en cas de baisse marquée de valorisation des marchés), le robo vous proposera, si vous le souhaitez, de revenir à l'allocation cible correspondant à votre profil (dans notre exemple, augmenter la part des actions sur des niveaux de cours plus bas dans un portefeuille diversifié). Avec la très forte variation des derniers jours, il se peut que vous receviez un message en ce sens. Cette décision n'a pas de caractère obligatoire. Si vous souhaitez la conduire, le robo l’exécutera pour vous sans surcoût particulier. Vous pouvez aussi, à tout moment, choisir de modifier votre profil ou votre horizon de placement pour que le robo l'intègre dans les meilleurs délais.

Nos équipes restent mobilisées pour la gestion de vos fonds et vous tenir régulièrement au courant des évolutions de la situation. D'autres informations sont par ailleurs publiées sur le site internet amundi-ee.com que vous pouvez également retrouver dans votre espace sécurisé à la rubrique « Actualités ».

* La liquidité d'un marché financier représente la capacité à acheter ou à vendre rapidement les titres qui y sont cotés sans que cela ait un effet majeur sur les prix. De façon plus générale, la notion de liquidité s’applique à l’ensemble des actifs bancaires, financiers… Pour beaucoup d’acteurs économiques, la liquidité mesure la capacité à assumer ses différentes échéances financières à court terme dans le cadre de son activité courante. L’insuffisance de liquidités peut conduire à la cessation de paiement. 

**La volatilité indique l’amplitude de la variation, à la hausse comme à la baisse, de la valeur d’un titre ou d’un marché financier. 

(1) Sauf modalités spécifiques dans les accords de l'entreprise

(2) Sous réserve de l'activation du service pour les salariés de votre entreprise

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